Sur un pot de miel, un flacon de lessive ou une page d’accueil, la même phrase revient : « une partie de votre achat est reversée » à une association. Reversée par qui, calculée sur quoi, versée quand ? La phrase, elle, ne le dit presque jamais. Certains sites prennent le problème à l’envers et publient des chiffres plutôt qu’un pourcentage seul : c’est le cas de cet annuaire gamifié de marques, où une marque joue pour obtenir un score public, avec une part de son chiffre d’affaires destinée à la recherche contre le cancer.
Pourquoi une promesse de don ne se vérifie pas d’un coup d’œil
Écrire « une partie de vos achats est reversée » ne coûte rien à personne. Aucune loi n’oblige à préciser le montant, la base de calcul ou la fréquence des versements. Une marque peut afficher cette phrase pendant des années sans qu’un client, un journaliste ou même un contrôleur ne remonte jusqu’au relevé bancaire de l’association bénéficiaire.
Je ne dirais pas que la plupart de ces promesses sont fausses. La plupart sont sans doute vraies, au moins en partie. Le problème n’est pas là : une promesse et une preuve ne se lisent pas de la même façon, et rien sur l’emballage ou la page produit ne permet en général de distinguer les deux. Trois mots suffisent pourtant à trancher, à condition d’aller les chercher : encaissé, alloué, versé.
Trois chiffres, trois réalités
Grille de lecture générale — les largeurs illustrent la certitude décroissante, pas un montant réel
Le saviez-vous ?
Dans le bilan de sa grande enquête sur les allégations commerciales trompeuses, publié le 25 mai 2023, la DGCCRF cite l’exemple d’un pot de miel portant la mention « pour chaque pot vendu, un don est reversé à [une] association qui lutte pour la sauvegarde des abeilles ». Un seul don avait réellement été fait par l’entreprise, en 2016. Sur les 1 100 établissements contrôlés en 2021 et 2022, environ un quart présentait une anomalie de ce type : 141 avertissements, 114 injonctions et 18 procès-verbaux à la clé.
Le pot de miel n’est pas un cas à part. Sur une étagère de supermarché ou sur une page d’accueil, la mention se lit pareil, et se vérifie pareil : deux minutes, trois mots à chercher.

Ce que dit la loi, et ce qu’elle ne fait pas à votre place
Le code de la consommation encadre ce terrain, même s’il ne cite pas les dons nommément à chaque ligne. Son article L.121-2 qualifie de pratique commerciale trompeuse toute allégation fausse ou de nature à induire en erreur sur les caractéristiques d’un bien ou d’un service, y compris sur la portée d’un engagement annoncé par le professionnel. Une promesse de don gonflée, ou jamais tenue, entre directement dans ce champ.
Ce que ce texte ne fait pas : vérifier à votre place. La DGCCRF contrôle par sondage, pas en continu, et son bilan de mai 2023 porte sur 1 100 établissements — un nombre dérisoire face au nombre de marques qui affichent ce type de mention en France. L’erreur classique, ici, n’est pas de croire une marque malhonnête. C’est de croire qu’un texte de loi, à lui seul, protège de tout le reste du temps. Franchement, deux minutes de vérification protègent mieux qu’un article de loi qu’on ne relit jamais.
Trois niveaux de promesse
Grille de lecture, à appliquer à n’importe quelle marque, France, 30/09/2026
La mention seule
« Une partie de vos achats est reversée. » Ni montant, ni base de calcul, ni date.
Rien à vérifier soi-même : il faut croire la marque sur parole.
Un pourcentage annoncé
« 5 % reversés », un chiffre précis, mais toujours aucune date de versement ni preuve publiée.
Mieux qu’une mention vague : reste une promesse sur parole.
Chiffres publiés, preuve datée
Bénéficiaire nommé, mode de calcul écrit, montant réellement versé daté et prouvé.
Le contrôle ne dépend plus de la confiance : la preuve est sur la page, ou elle n’y est pas.
Ce que je regarderais en premier, sur n’importe quel site qui promet un don : pas le pourcentage affiché en gros, mais la date du dernier versement réellement effectué. Si cette date n’existe nulle part, le pourcentage ne vaut pas grand-chose. Ce réflexe s’applique à la collecte elle-même, pas seulement au reversement qui la suit.

Ce qu’un mécanisme public peut montrer
Revenons au mécanisme cité en ouverture. Il distingue explicitement les trois chiffres du tableau plus haut : ce qui est encaissé, ce qui est alloué par la règle annoncée, et ce qui a été réellement versé, avec une date et une preuve quand le versement a lieu. Le bénéficiaire y est nommé : l’institut Gustave Roussy, à Villejuif, pas une formule vague comme « la lutte contre le cancer » sans autre précision — même si le site précise lui-même ne pas être affilié à cet établissement.
Sa propre page le rappelle aussi : payer pour jouer et apparaître dans un classement reste un achat, pas un don fait en votre nom. La nuance mérite d’être lue avant de comparer ce mécanisme à un autre — je ne connais pas de site qui aime la préciser aussi clairement.
Ce n’est pas la générosité affichée qui mérite d’être notée ici. C’est la structure : afficher trois chiffres différents, plutôt qu’un seul chiffre flatteur, oblige à assumer l’écart entre eux, y compris quand cet écart n’est pas encore favorable. Un mécanisme qui démarre peut très bien afficher un montant réellement versé à zéro, tant qu’aucun seuil n’est atteint. C’est inconfortable à montrer. C’est aussi la seule version honnête d’un début d’activité.
Les points à surveiller
Un chiffre lu aujourd’hui ne dit rien de dans six mois. Une entreprise peut verser au premier trimestre et s’arrêter au deuxième — la phrase sur le site, elle, ne bougera pas.
La suite tranchera, publiée ou pas. Personne ne peut la garantir d’avance — pas même pour le mécanisme cité plus haut, trop récent pour avoir un historique. C’est précisément pour cela que la date du dernier versement compte plus que le pourcentage affiché en une : elle seule vieillit, et donc elle seule s’actualise.
La prochaine fois qu’un pourcentage de don s’affiche sur un emballage ou une page d’accueil, une seule question suffit à trier le sérieux du reste : à quelle date le dernier versement a-t-il eu lieu, et où est la preuve ? Pas de date, pas de preuve trouvable en moins de deux minutes : la mention reste à prendre pour ce qu’elle est, une promesse, pas un fait.














